Santé

100 % Santé : le poste de soins où votre reste à charge n'a pas baissé d'un centime depuis 2019

Deux domaines ont vu leur reste à charge divisé par deux grâce à la réforme. Le troisième est resté quasiment identique à 2019, chiffres officiels de la DREES à l'appui.

Par La rédaction··10 min de lecture
Un professionnel ajuste un appareil auditif sur un comptoir, plusieurs modèles alignés dans une vitrine derrière lui
Un professionnel ajuste un appareil auditif sur un comptoir, plusieurs modèles alignés dans une vitrine derrière lui · Image générée par IA

Une paire de lunettes, une prothèse dentaire, un appareil auditif : sur ces trois postes, la promesse du « 100 % santé » est identique. Zéro reste à charge, si vous choisissez l’équipement du panier prévu par la réforme. Sept ans après son entrée en vigueur, les chiffres officiels de la DREES racontent une histoire à deux vitesses : sur deux de ces trois postes, votre facture a réellement baissé. Sur le troisième, elle n’a strictement pas bougé depuis 2019 — et ce n’est pas un hasard.

Ce que la réforme garantit, sur le papier

L’article 51 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2019, complété par un décret du 11 janvier 2019, impose aux contrats de complémentaire santé dits « responsables » — la quasi-totalité du marché — de proposer, dans trois domaines, un panier d’équipements intégralement remboursé : aucune avance, aucun reste à charge, à condition de choisir dans ce panier précis. En dehors de ce panier, les règles habituelles de remboursement s’appliquent, à un tarif que l’organisme complémentaire et le professionnel de santé fixent librement.

Avant que la réforme n’entre en vigueur, l’écart entre les garanties réellement souscrites et ce que le 100 % santé allait imposer était considérable. Selon une étude de la DREES publiée en 2023, huit bénéficiaires d’un contrat de complémentaire santé sur dix disposaient, en 2019, d’au moins une garantie inférieure à celles que la réforme allait rendre obligatoires sur l’optique, le dentaire ou l’audition. C’est ce socle-là, minimal mais désormais garanti partout, que la réforme a effectivement posé. La question qui suit — et qui divise les trois postes — porte sur ce qui se passe une fois ce socle posé.

Depuis le 1er janvier 2020, chaque opticien et chaque audioprothésiste a l’obligation légale de vous présenter un devis normé incluant au moins une offre du panier 100 % santé. Ce point est important : si ce devis ne vous a jamais été montré, ce n’est pas une option qui n’existait pas — c’est une obligation qui n’a pas été respectée.

Deux postes où la promesse a été tenue

Sur le dentaire et sur l’audition, la réforme a produit l’effet annoncé. Selon la DREES, depuis le lancement du dispositif en 2019, la part de la dépense restant à la charge des ménages a été divisée par deux sur ces deux postes.

Avant la réforme, la note était lourde. En 2017, une paire d’audioprothèses coûtait en moyenne 1 587 € de reste à charge, une fois la Sécurité sociale et la complémentaire passées — et pour un dixième des patients les plus mal couverts, cette facture grimpait à près de 3 700 €. Une prothèse dentaire laissait, en moyenne, 324 € à la charge du patient. Résultat : selon l’UFC-Que Choisir, environ 2,1 millions de personnes renonçaient à s’équiper en audition pour des raisons de coût avant la réforme, soit un taux de renoncement estimé à 58 %.

÷2Baisse de la part de la dépense restant à la charge des ménages sur l'audition et le dentaire depuis 2019, selon la DREES (Comptes de la santé, édition 2024)

Sur l’audition en particulier, le panier 100 % santé laisse aujourd’hui un reste à charge quasi nul aux patients qui le choisissent : 1 % de la dépense, contre 35 % pour ceux qui optent pour un appareil à tarif libre. C’est un vrai basculement.

Le dentaire suit une logique un peu plus fine, avec trois paniers au lieu de deux : le panier 100 % santé, un panier « tarifs maîtrisés » intermédiaire, et un panier « tarif libre ». En 2023, le panier gratuit représente 48 % de la dépense totale en prothèses dentaires, contre 31 % pour les tarifs maîtrisés et 21 % pour le tarif libre. Sur ce panier gratuit précis, les ménages ne financent plus que 1 % de la dépense — l’essentiel du reste à charge dentaire qui subsiste encore vient des deux autres paniers, choisis sciemment par les patients qui préfèrent une couronne ou un bridge d’une autre gamme.

Pris dans leur ensemble, les trois postes du 100 % santé ont fait reculer le reste à charge moyen des ménages de 29,3 % en 2019 à 22,1 % en 2023 — avec un léger rebond de 1,2 point cette dernière année. La réforme, globalement, a donc tenu une partie réelle de sa promesse. C’est justement ce qui rend le blocage de l’optique plus visible : sur les deux autres postes, la courbe a bougé dans le bon sens ; sur celui-là, non.

Le poste qui n’a pas bougé

L’optique raconte une autre histoire. En 2023, la part de la dépense d’optique médicale (hors lentilles et examens) restant à la charge des ménages s’élève à 30,9 %. En 2019, avant la réforme, elle était de 29,5 %. Autrement dit : le reste à charge en optique n’a pas baissé, il a très légèrement augmenté, alors même que la réforme existe depuis six ans sur ce poste précis.

Graphique

Part du reste à charge des ménages, par poste de soins concerné par le 100 % santé

Part de la dépense totale restant directement à la charge des ménages, en 2023.

Prothèses dentaires
12 %
Audioprothèses (ensemble)
27 %
Optique médicale hors lentilles
31 %
Voir les données chiffrées
Part du reste à charge des ménages, par poste de soins concerné par le 100 % santé
 Reste à charge ménages
Prothèses dentaires12 %
Audioprothèses (ensemble)27 %
Optique médicale hors lentilles31 %

Source : DREES, Le 100 % santé, Comptes de la santé, édition 2024

Le mécanisme se comprend en regardant qui choisit quoi. Toujours selon la DREES, le panier 100 % santé ne représente que 4 % de la dépense totale en montures et 7 % en verres, en 2023. La quasi-totalité des Français continuent d’acheter leurs lunettes hors du panier gratuit — souvent par préférence esthétique, mais aussi parce que le panier B (tarif libre) plafonne la prise en charge des montures par la complémentaire à seulement 100 € : au-delà, tout est pour vous.

Pourquoi l’option gratuite n’est pas toujours celle qu’on vous montre

Ce n’est pas qu’une question de goût. En 2022, une enquête de l’UFC-Que Choisir sur les audioprothèses pointait des marges brutes pouvant atteindre 78 % sur les appareils vendus hors du panier 100 % santé, et alertait sur un manque d’indépendance de certains professionnels vis-à-vis des fabricants. L’association demandait aux autorités de contrôler que le panier gratuit soit bien proposé systématiquement, « sans être dénigré ».

Ses tests comparatifs, menés sur treize appareils — sept du panier 100 % santé, six haut de gamme — montraient une efficacité équivalente en intelligibilité de la parole sur les réglages automatiques. Le panier gratuit n’est donc pas, sur le plan technique, une version au rabais : c’est une version qui rapporte simplement moins à qui vous le vend.

La DREES observe d’ailleurs un écart révélateur sur le dentaire : le recours au panier 100 % santé atteint 58 % de la consommation de prothèses dans les centres de santé — des structures généralement à but non lucratif — contre 46 à 48 % dans les cabinets dentaires libéraux. Même patientèle, même réglementation, même panier disponible : le taux de recours varie selon qui vous reçoit.

Ce que ça change si vous n’êtes pas dans le panier gratuit

Concrètement, si vous choisissez un équipement hors panier 100 % santé — ce qui reste parfaitement légal et parfois justifié (confort, esthétique, technicité) — votre reste à charge dépend entièrement des plafonds de remboursement de votre complémentaire, pas d’un barème national. Deux contrats à cotisation comparable peuvent rembourser très différemment un équipement à tarif libre.

30,9 %Part de la dépense d'optique médicale (hors lentilles) restant à la charge des ménages en 2023 — contre 29,5 % en 2019, avant la réforme (DREES)

C’est précisément le point sur lequel la réforme n’apporte aucune garantie : elle fixe un panier gratuit, mais elle ne plafonne rien sur ce qui se passe en dehors. Or c’est là, hors panier, que se joue l’essentiel de la dépense en optique — 93 % de la dépense en verres et 96 % en montures, selon les mêmes données DREES.

Le calendrier de la réforme explique en partie ce contraste. L’audition a été le premier domaine réellement transformé, dès le 1er janvier 2019, par un plafonnement progressif des prix de vente sur les équipements du panier. Le dentaire a suivi en 2020, avec un élargissement aux prothèses amovibles au 1er janvier 2021. L’optique, elle, applique le panier « classe A » depuis le 1er janvier 2020 également — mais sur un marché où le choix de la monture reste, structurellement, un choix esthétique autant qu’un choix médical, ce qui laisse plus de prise à un professionnel pour orienter la vente vers le panier B.

Ce qu’il faut vérifier avant de signer un devis

Demandez systématiquement le devis 100 % santé, même si vous savez déjà que vous ne le choisirez pas. C’est le seul moyen de mesurer l’écart réel de reste à charge avec l’option que le professionnel vous recommande — et c’est une obligation légale du praticien depuis 2020, pas une politesse.

Sur l’audition, ne vous fiez pas à un discours qui présente le panier gratuit comme « limité » sans détail technique. Les tests indépendants disponibles ne montrent pas d’écart de performance flagrant sur les réglages automatiques ; un écart de confort ou de discrétion peut exister, mais il doit vous être expliqué, pas simplement affirmé.

Sur l’optique, regardez le plafond de remboursement de votre complémentaire sur les montures hors panier — c’est le point précis où le reste à charge se forme, puisque le panier gratuit ne couvre qu’une fraction résiduelle du marché.

Si votre contrat actuel rembourse mal ce qui reste hors panier, sur l’un ou l’autre de ces trois postes, comparer les plafonds réels d’un autre contrat sur votre profil permet de savoir si une complémentaire différente absorberait mieux cette partie de la facture — celle que le 100 % santé, à lui seul, ne couvre pas et ne couvrira jamais.

Sources

  1. Le 100 % santé — Fiche 22, Les dépenses de santé en 2023 (édition 2024) — DREES — consulté le 13 août 2026
  2. 100% Santé : une réforme plutôt positive pour l'audio et le dentaire, mais sans impact en optique — France Assos Santé — consulté le 13 août 2026
  3. Prothèses auditives : le 100% Santé n'est pas une offre au rabais — UFC-Que Choisir — consulté le 13 août 2026
  4. Décret n° 2019-21 du 11 janvier 2019 — accès sans reste à charge en optique, audio et dentaire — Légifrance — consulté le 13 août 2026
  5. Article 51 — LOI n° 2018-1203 du 22 décembre 2018 de financement de la sécurité sociale pour 2019 — Légifrance — consulté le 13 août 2026
  6. En 2019, huit bénéficiaires d'un contrat de complémentaire santé sur dix disposaient d'au moins une garantie inférieure à celles fixées depuis par le 100 % santé — DREES, Études et Résultats n°1260 — consulté le 13 août 2026

Certains liens de cet article mènent à des services de mise en relation opérés par Visibilitie, éditeur du Le Consommateur Averti — c'est ce qui finance la rédaction. Cela ne change ni le contenu, ni les chiffres cités, tous sourcés ci-dessus.