Fin de l'ARENH : pourquoi le prix de votre électricité se décide aussi à Bruxelles
Le dispositif qui plafonnait le nucléaire à 42 € a expiré fin 2025. Ce qui l'a remplacé, et ce que la réforme européenne change vraiment.

Le 31 décembre 2025, un dispositif dont presque personne n’avait entendu parler a expiré. Il s’appelait l’ARENH, il existait depuis 2011, et il a déterminé pendant quatorze ans une partie du prix de l’électricité de tous les foyers français.
Depuis le 1er février 2026, l’approvisionnement du tarif réglementé est valorisé à 100 % au prix de marché de gros. C’est un changement de régime, et il mérite d’être compris — parce qu’il explique pourquoi une facture française dépend de décisions prises à Bruxelles.
Ce qu’était l’ARENH
L’accès régulé à l’électricité nucléaire historique était né de la loi NOME du 7 décembre 2010. Son principe : puisque le parc nucléaire français avait été financé par la collectivité et qu’EDF en avait le monopole, la loi obligeait l’entreprise à céder une partie de cette production à ses concurrents, à prix encadré, pour qu’une concurrence puisse exister.
Les chiffres n’ont pratiquement pas bougé en quatorze ans :
- 42 euros le mégawattheure depuis le 1er janvier 2012 — un prix inchangé pendant toute la durée du dispositif ;
- 100 térawattheures par an au maximum, soit environ un quart de la production du parc nucléaire historique ;
- applicable aux centrales mises en service avant le 8 décembre 2010.
Ce prix figé est devenu, avec le temps, l’anomalie la plus commentée du système énergétique français : très au-dessus du marché certaines années, très en dessous d’autres — notamment pendant la crise de 2022, où il a servi d’amortisseur massif.
Ce qui l’a remplacé au 1er janvier 2026
Le dispositif issu de la loi de finances pour 2025 fonctionne selon une logique inverse. Là où l’ARENH obligeait à vendre à prix bas, le nouveau mécanisme laisse vendre au prix du marché puis taxe les revenus au-delà de certains seuils, et redistribue le produit à tous les consommateurs.
Il comporte deux étages : une taxe sur l’utilisation de combustible nucléaire, et un versement nucléaire universel (VNU) qui reverse le produit de cette taxe sous forme d’une minoration obligatoire du prix, inscrite sur une ligne distincte de la facture.
Les seuils fixés pour 2026 se comprennent mieux mis en regard du coût réel de production.
Les repères de prix du nucléaire français en 2026
L'ancien prix ARENH, le coût complet de production évalué par la CRE, et les deux seuils au-delà desquels les revenus d'EDF sont taxés.
Voir les données chiffrées
| Prix ou seuil | |
|---|---|
| Ancien prix ARENH (2012-2025) | 42 €/MWh |
| Coût complet de production estimé (2026-2028) | 60,3 €/MWh |
| Revenus estimés d'EDF pour 2026 | 66,08 €/MWh |
| Seuil de taxation à 50 % | 78 €/MWh |
| Seuil d'écrêtement à 90 % | 110 €/MWh |
Source : CRE et arrêté du 27 mars 2026
Ce graphique dit deux choses.
D’abord, que l’ARENH vendait l’électricité nucléaire nettement sous son coût de production. La CRE évalue le coût complet du parc historique à 60,3 euros le mégawattheure pour 2026-2028, contre 42 euros de prix ARENH. L’écart n’était pas soutenable indéfiniment.
Ensuite, et c’est l’information la plus concrète pour votre facture : le versement nucléaire universel ne verse rien en 2026. Le tarif unitaire de minoration a été fixé à zéro euro par arrêté du 27 mars 2026, parce que les revenus nucléaires estimés d’EDF pour l’année — 66,08 euros le mégawattheure — restent en dessous du seuil de taxation de 78 euros.
Pourquoi le gaz fixe le prix de l’électricité
Pour comprendre le rôle de Bruxelles, il faut d’abord comprendre comment se forme un prix de gros européen — un mécanisme souvent présenté comme absurde, et qui ne l’est pas.
Les moyens de production sont classés par coût marginal croissant : le coût de produire un mégawattheure supplémentaire. On appelle d’abord les moins chers — nucléaire, renouvelables —, puis les suivants, jusqu’à couvrir la demande. Et tous les producteurs appelés sont payés au prix du dernier mobilisé, le plus cher.
C’est ce qu’on nomme le merit order. Comme les centrales à gaz ont les coûts marginaux les plus élevés et sont mobilisées en dernier pour couvrir les pointes, ce sont elles qui fixent le prix pour tout le monde à ces moments-là. D’où l’effet de contagion observé en 2022 : une flambée du gaz s’est transmise directement au prix de l’électricité.
La logique de ce système, rappelée par la CRE, est d’appeler à chaque instant le moyen de production le moins cher disponible à l’échelle européenne. Ce n’est pas un défaut de conception : c’est l’objectif. Son inconvénient apparaît quand le moyen marginal devient brutalement très cher.
Ce que la réforme européenne change — et ce qu’elle ne change pas
Après la crise de 2022, l’Union européenne a réformé son marché de l’électricité par deux textes du 13 juin 2024 : le règlement (UE) 2024/1747 et la directive (UE) 2024/1711.
Ce qu’elle ne change pas, d’abord : le principe de tarification au coût marginal demeure. La réforme agit autour de ce mécanisme, pas dessus. Ceux qui attendaient un « découplage » du gaz et de l’électricité en seront pour leurs frais.
Ce qu’elle change, en revanche, est structurant à long terme. Tout nouveau soutien public direct au prix pour une installation bas-carbone — solaire, éolien, hydraulique, nucléaire — devra prendre la forme d’un contrat pour différence bidirectionnel. Le mécanisme est symétrique : l’État garantit un revenu minimal quand les prix sont bas, et récupère les revenus excédentaires quand les prix sont hauts, à charge pour lui de les redistribuer aux consommateurs. Cette obligation s’appliquera aux contrats conclus à partir du 17 juillet 2027.
Pour les ménages, la directive apporte des droits directement opposables :
- un droit au contrat à prix fixe : les fournisseurs de plus de 200 000 clients doivent proposer des contrats à prix garanti pour toute leur durée, sans modification unilatérale ;
- la possibilité de détenir plusieurs contrats simultanés pour des usages distincts, par exemple une pompe à chaleur ou un véhicule électrique ;
- le partage d’énergie entre voisins pour l’électricité renouvelable produite localement, dont la transposition est prévue pour juillet 2026 ;
- un fournisseur de secours garantissant la continuité en cas de défaillance ;
- l’interdiction des coupures pour les clients vulnérables et en situation de précarité énergétique.
Ce qu’il faut retenir
Votre facture est désormais plus exposée au marché qu’avant. L’amortisseur ARENH a disparu, et le mécanisme qui le remplace ne s’active qu’au-dessus de 78 euros le mégawattheure — donc pas cette année.
Le prix se décide à trois niveaux. À Bruxelles, pour les règles du marché. À Paris, pour la fiscalité et les seuils de taxation du nucléaire. Et chez votre fournisseur, pour la part commerciale — la seule sur laquelle vous ayez prise.
Cette dernière part reste réelle. Elle représente environ 40 % de la facture, et c’est là que jouent les écarts entre offres. Comparer ce que proposent les fournisseurs sur votre consommation est la seule action qui vous appartienne dans cet édifice — les deux autres niveaux se décident sans vous.
Sources
- Accès régulé à l'électricité nucléaire historique (ARENH) — CRE — consulté le 2 août 2026
- Versement nucléaire universel — articles L337-3 à L337-3-6 du code de l'énergie — consulté le 2 août 2026
- Arrêté du 27 mars 2026 fixant le tarif unitaire de minoration au titre du versement nucléaire universel pour 2026 — consulté le 2 août 2026
- Évaluation des coûts complets de production du parc nucléaire historique 2026-2028 — CRE — consulté le 2 août 2026
- Règlement (UE) 2024/1747 du 13 juin 2024 sur l'organisation du marché de l'électricité — EUR-Lex — consulté le 2 août 2026
- Directive (UE) 2024/1711 du 13 juin 2024 — EUR-Lex — consulté le 2 août 2026
- Non, le marché européen de l'électricité n'est pas obsolète ! — Représentation en France de la Commission européenne — consulté le 2 août 2026
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